Les six critères d'évaluation du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE représentent le cadre de référence pour la quasi-totalité des évaluations menées par les donateurs bilatéraux. Initialement, cinq critères furent adoptés par le CAD de l'OCDE en 1991. Le critère de Cohérence fut ajouté lors de la révision de 2019, afin de mieux appréhender les interactions des programmes avec d'autres initiatives opérant dans un même contexte.
Les six critères du CAD expliqués
Pertinence. Le programme cible-t-il la bonne problématique pour la population appropriée ? Ce critère évalue si les objectifs sont en adéquation avec les priorités nationales, les stratégies sectorielles et les besoins réels des bénéficiaires visés, et si cette adéquation perdure malgré l'évolution du contexte. Un programme, même bien exécuté, peut obtenir une faible note en Pertinence si le diagnostic initial du problème était incorrect.
Cohérence. Le programme s'intègre-t-il, renforce-t-il ou contredit-il d'autres interventions menées dans le même domaine ? La cohérence interne examine la conformité avec les autres programmes et politiques du même bailleur de fonds. La cohérence externe, quant à elle, évalue l'alignement avec les initiatives d'autres donateurs, les programmes gouvernementaux et les actions de la société civile. Ce critère a été ajouté en 2019 pour refléter le fait que la plupart des programmes évoluent dans des contextes complexes et souvent saturés d'interventions.
Efficacité. Le programme a-t-il atteint ses objectifs et généré les résultats attendus ? L'Efficacité est au cœur de la redevabilité. Elle requiert des énoncés de résultats précis, une mesure fiable et une évaluation objective des changements produits ou non par le programme.
Efficience. Les ressources ont-elles été employées de manière optimale ? L'Efficience englobe le coût par résultat, la célérité de l'exécution et le rapport qualité-prix comparé aux alternatives. C'est fréquemment le critère le moins bien évalué, souvent parce que les budgets des propositions et les données de résultats n'ont pas été initialement conçus pour être alignés.
Impact. Quels sont les effets plus larges, positifs et négatifs, intentionnels et non intentionnels, qui peuvent être attribués au programme ? L'Impact va au-delà de la simple Efficacité. Il englobe les retombées sur les populations non directement ciblées, les transformations systémiques et les conséquences imprévues du programme.
Durabilité. Les bénéfices du programme perdureront-ils après l'arrêt du financement du donateur ? La Durabilité englobe la pérennité financière, l'appropriation institutionnelle, la viabilité environnementale et la capacité des comportements ou des systèmes mis en place par le programme à s'auto-entretenir.
Application des critères du CAD dans les évaluations
Toutes les évaluations n'abordent pas les six critères avec la même intensité. Des Termes de Référence (TdR) d'évaluation bien conçus préciseront quels critères seront prioritaires et pourquoi. Voici des schémas courants : les examens à mi-parcours privilégient la Pertinence, l'Efficacité et l'Efficience, car le programme est encore en cours. Les évaluations finales intègrent l'Impact et la Durabilité, ces derniers n'étant mesurables qu'à un stade ultérieur. Les évaluations formatives, quant à elles, se concentrent sur la Pertinence et la Cohérence de la mise en œuvre, leur objectif étant d'ajuster la conception du programme.
Tenter de traiter les six critères avec la même importance conduit à une évaluation de 100 pages qui ne répondra à aucune question de manière approfondie. Il est crucial de les pondérer.
Contexte de la proposition
Il est essentiel de mentionner explicitement les critères du CAD comme cadre d'évaluation dans toute proposition soumise à un donateur bilatéral. Des agences comme l'USAID, le FCDO, l'UE, le GAC, le DFAT, la GIZ, la SIDA, et la plupart des autres bailleurs de fonds bilatéraux, s'attendent à ce que l'évaluation finale, au minimum, soit structurée selon ces six critères. Les évaluations internes ou celles financées par des fondations ou des organisations multilatérales peuvent parfois recourir à des cadres différents ; il est donc impératif de toujours consulter l'appel d'offres.
Un plan d'évaluation robuste pour une proposition doit accomplir trois choses : (a) désigner les critères du CAD comme cadre structurant, (b) préciser quels critères l'évaluation priorisera en fonction de l'étape du programme et des données disponibles, et (c) esquisser deux ou trois questions d'évaluation clés alignées sur chaque critère prioritaire. Une proposition qui omet de mentionner les critères du CAD dans le cadre d'une évaluation pour un donateur bilatéral peut être perçue comme un manque d'expérience, et les évaluateurs y sont attentifs.
Pièges courants à éviter
Traiter les six critères avec un poids égal. Une évaluation qui s'efforce de répondre à toutes les questions avec la même profondeur aboutira à des conclusions superficielles. Il est impératif de prioriser en fonction de l'étape du programme, des besoins décisionnels et de la disponibilité des données.
Confondre Efficacité et impact. L'Efficacité mesure la réalisation des objectifs déclarés du programme. L'Impact, lui, représente l'ensemble plus vaste des conséquences, y compris celles qui n'étaient pas intentionnelles. Un programme peut être efficace tout en ayant un impact limité, et inversement, un programme n'ayant pas atteint tous ses objectifs formels peut néanmoins générer un impact significatif.
Ressources complémentaires
- Évaluation : Aperçu des types et des objectifs d'évaluation
- Évaluation sommative : Évaluations finales et pondération des critères du CAD
- Évaluation basée sur la Théorie du Changement : Un cadre qui s'accorde bien avec les critères du CAD
- Durabilité : Le sixième critère en détail
- Questions d'évaluation : Comment rédiger des questions alignées sur les critères prioritaires